Sauvons le 3919 !




Le gouvernement veut mettre en concurrence la gestion de la ligne d’écoute du 3919, ce qui représente un risque majeur de voir la qualité du service réduite ! Alors que le Gouvernement déclarait vouloir faire de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité, la mise en concurrence du 3919 menace de faire vaciller le réseau national d’associations. Zoom sur ce fait d'actualité !


Qu’est-ce que le 3919 ?


Le 3919 « Violences Femmes info » est, depuis le 1er janvier 2014, le numéro national de référence d'écoute téléphonique et d'orientation à destination des femmes victimes de violences.


Comment a-t-il été créé ?


Strasbourg, 1973. Une jeune femme se défenestre pour échapper aux coups de son conjoint et meurt des suites de ses blessures. Une poignée de proches de la Ligue du droit des femmes se regroupent alors. Armées de colle et de rouleaux, à la nuit tombée, elles inondent la ville de posters affichant « SOS Femmes battues » ainsi qu’un numéro de téléphone. Ainsi naît l’une des premières lignes d’écoute destinées aux femmes victimes de violences domestiques.


Partout sur le territoire français, d’autres permanences téléphoniques de fortune voient le jour, associées à des actions concrètes. A Marseille, au moment où un époux violent descend au café, un camion vient exfiltrer une femme et ses trois enfants. Au Plessis-Robinson, on squatte un château jusqu’à obtenir des places d’hébergement pour les victimes. A Paris, on milite pour la reconnaissance du viol conjugal (sans savoir qu’il faudra attendre encore quinze ans…). En 1986, le Collectif féministe contre le viol (CFCV) ouvre la ligne Viols Femmes Info. En 1989, première campagne nationale sur les violences conjugales en lien avec le réseau Solidarité Femmes qui gère un premier numéro d’écoute puis crée en 1992 la ligne d’écoute Violences Conjugales Femmes Info qui deviendra le 3919.


Cette histoire militante coule dans les veines du 3919, aujourd’hui porté par un réseau de 73 associations de terrain présentes sur l’ensemble du territoire français : la Fédération nationale solidarité femmes, qui est de plus appuyée par douze associations nationales et leurs réseaux respectifs. Une trentaine d’écoutantes professionnelles viennent recueillir la parole d’environ 2 000 victimes chaque semaine (et même 7 000 appels hebdomadaires pendant le premier confinement), lors d’entretiens d’écoute qui durent en moyenne vingt minutes.


Quelle menace pèse sur le 3919 ?


Le gouvernement a prévu de lancer avant la fin de l’année une procédure de marché public, afin d’aboutir à un nouveau cadre juridique pour le 3919 d’ici juin ou juillet 2021.


Ce changement fait suite à l’élargissement des horaires de la ligne d’écoute, annoncé lors du « Grenelle » contre les violences conjugales. Pour tenir compte notamment du décalage horaire avec les départements et territoires d’outre-mer, le service doit fonctionner 24h/24, alors qu’il ferme actuellement à 22h en semaine et 18h le week-end. Le service doit également devenir accessible aux personnes sourdes ou ayant des troubles du langage.


Très beau projet, mais difficile à mettre en place avec les seuls moyens des associations. Le gouvernement a alors décidé d’imposer la mise en concurrence du 3919 par un marché public, une décision qui pourrait aboutir tôt ou tard à confier le 3919 à un opérateur plus soucieux de la rentabilité économique que de la qualité du service rendu aux femmes.


La lutte contre les violences et pour la protection des femmes ne peut pas obéir à une logique de marché : il s’agit de l’intérêt général, et la mesure de son impact ne peut pas se contenter, comme c’est désormais l’usage dans les marchés publics, d’être quantitative. Dans cette logique, cela pourrait conduire à réduire le temps d’écoute.


C’est pourquoi nous devons sauver le 3919, pour nous, pour nos mères, nos filles, nos amies. Pour nous, mais aussi et surtout pour nos enfants. Nous ne pouvons pas laisser le Gouvernement « rentabiliser » les violences faites aux femmes. Comment être sûr(e) que cela ne va pas engendrer des dérives néfastes pour les femmes victimes de violences ?


Pour en savoir plus, vous pouvez lire la Tribune de Solidarité Femmes.

Pour aider à sauver le 3919, signez la pétition !


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