Découvrez l'histoire d'Oscar.

Aujourd'hui, nous allons aborder un sujet tabou : les violences faites aux hommes. Cette violence est mal représentée par les statistiques. Les hommes en parlent moins, le déclarent moins. Quand 10 femmes sur 100 déposent plainte suite aux violences qu’elles ont subies, seuls 3 hommes sur 100 osent se tourner vers la justice.


Nous ne pouvons plus ignorer ces violences, mais soutenons les victimes. Le féminisme, c'est aussi aider les hommes.



Oscar fait partie des victimes qui ont pris la parole grâce au hashtag #JeSuisVictime. Il a accepté de nous raconter son histoire. Celle-ci est pleine de vérité, et de douleur. Pourtant, ce jeune homme n'a rien lâché et est un véritable exemple pour les autres.



Bonjour, je m’appelle Oscar, j’ai 18 ans et je suis étudiant à Lyon.


Depuis tout petit, je suis très bon en anglais. Au collège, j'avais déjà un niveau de Terminale ! C'est ce qui a motivé mon inscription dans une colonie de vacances. Deux semaines en Angleterre, entre le 15 et le 30 Juillet 2015, si je me souviens bien.


J’avais 14 ans, c’était l’été entre ma 4ème et ma 3ème. C’était une colonie de vacances organisée par Telligo (l’organisme de colonies de vacances thématiques/linguistiques). Le séjour étant axé autour des cours d’anglais, il y avait en très grande majorité des lycéens de Première et de Terminale.


Au collège, j’étais l’enfant typiquement asocial. J’ai été diagnostiqué intellectuellement précoce en 2014, avec une tendance à être attiré vers les personnes faisant preuve d’une certaine maturité intellectuelle.


Le fait d’être avec des lycéens qui avaient 2, 3 voire 4 ans de plus que moi me faisait beaucoup de bien, car j’étais enfin avec des personnes plus matures. Mais cela m’a amené à faire confiance trop facilement, et trop vite à des inconnus (qui ne voyait en moi qu’un collégien, capable de tenir des conversations un peu plus évoluées que la moyenne des jeunes de mon âge).


Les cours se passaient bien, je m’intégrais relativement facilement, j'étais dans un état d’euphorie que je n’avais jamais ressenti au collège. Le groupe dans lequel j’étais, était composé de 4 filles et de 3 garçons. Seul l'un d’entre eux avait moins de 17 ans.


A peu près une semaine après le début de cette colonie, nous nous sommes réunis un soir dans une des chambres du dortoir. Les autres avaient ramené de la Poliakov et voulaient faire un Strip-Poker. J’ai d’abord refusé, mais avec la pression et l’insistance j’ai fini par accepter à contre-cœur. J’ai de la chance, je n'ai pas beaucoup perdu. Pourtant, sous l’effet de l’alcool, un des garçons a dit que c’était juste "la chance du débutant". Une ambiance passive-agressive commençait à s’installer, mais je ne me rendais pas compte étant inhibé pour la première fois de ma vie.


A un moment, je lance une vanne à ce garçon, qui a alors littéralement pété un câble : il me prend par le col, m’amène dans les toilettes et me cogne la tête à de nombreuses reprises sur le bord du lavabo, jusqu’à l’évanouissement.


J’ai fait un black-out pendant environ 5 minutes. Quand je me suis réveillé, j’étais en sang, l’épaule ouverte. J’étais attaché aux pieds et aux mains, un polo avait été noué autour de ma bouche. Mon pantalon et mon caleçon étaient complètement descendus. Le gars m’a remis une droite, pour faire bonne mesure j’imagine.


Puis une des filles, qui était la plus âgée du groupe, a commencé à m’insulter, à me cracher au visage, à mettre ses doigts dans la plaie sur mon épaule, à mettre des coups de pieds dans mon pénis. Puis elle a commencé à me stimuler pour permettre une pénétration. Ce fut extrêmement brutal, j’ai essayé de me débattre mais à chaque fois c’était au risque de me prendre une nouvelle baffe dans les dents.


Au bout d’une minute (peut-être plus), mon regard à commencé à se troubler. Une deuxième fille me versait de l’alcool dans la bouche. Elle était à deux doigts de me noyer avec ! Une sorte de waterboarding à la vodka, et en même temps, elle filmait la scène.


Mon esprit s’est complètement figé à ce moment-là, j’ai eu l’impression de m’observer de l’extérieur, car j’avais envie de vivre du coup j’étais paralysé. Comme si j’étais complètement une autre personne. Après ça, trou noir. Je me rappelle être sorti de cette chambre en titubant, recouvert de sang, bourré, mais avec une indifférence la plus complète envers tout ce qui m'entourait. Ce qui venait de m’arriver avait tué la moindre once d’émotion en moi, j’avais l’impression de ne plus être « en vie », mais d’être une sorte de programme sans personnalité.


Je me suis lavé et je suis directement allé voir un des moniteurs. Après m’avoir écouté, il m’a dit d’aller me recoucher, que je n’avais fait qu’un mauvais rêve, que ce genre de chose n’a pas pu m’arriver. J’ai passé le reste de cette colonie à cacher ce qu'il m’était arrivé. Je n’ai plus jamais reparlé à l’une de ces personnes.


Après cela, j’ai eu 2 ans de traversée du désert. J’ai essayé d’en parlé à ma famille, à ma mère, mon frère, mon père, mes grands-parents… Mais on m’a dit de la fermer avec mes mensonges.


Mes relations avec les autres personnes de mon âge ont été grandement affectées, j’étais refermé sur moi. En 2017, j’ai accompagné une amie à une manifestation féministe, j’y allais sans grand intérêt. Pourtant, une fois sur place et après avoir parlé avec certaines des personnes présentes, je fût étonné de voir leur compréhension. J’ai parlé de mon histoire à certaines d’entre elles et JAMAIS une seule fois je n’ai été traité de menteur, pas un soupçon émis, rien.


Je me suis reconstruit petit à petit, en m’impliquant avec de plus en plus de conviction dans les causes féministes. Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux. Je parle plus facilement de ce qui m’est arrivé, j’arrive mieux à expliquer pourquoi cela est arrivé. J'essaie de libérer la parole des victimes, faire prendre conscience que l'on vit dans une société qui entretient un « culte du viol », et que certains sujets sont encore très tabous (comme le viol masculin).


Mon histoire a fait de moi la personne que je suis et cela me va, car moi je suis arrivé à surmonter cela, tout le monde n’a pas cette chance.



- As-tu déposé plainte ? Si oui, comment cela s'est-il passé ? Si non, pourquoi ?


Non je n’ai pas déposé plainte, principalement car pendant longtemps je voulais oublier avant tout. Puis entre temps j’ai appris que les dépôts de plaintes de viol déposées par des hommes ne sont jamais prises au sérieux et qu’elles sont toujours classées sans suite. Je pense que ma priorité est de le faire comprendre à ma famille. Je peux déposer une plainte pour viol jusqu’à mes 38 ans donc si la situation juridique évolue j’y repenserai peut-être.


- As-tu traversé des périodes de dépression ? (Idées noires et tendances autodestructrices, usages de drogues...)


J’ai eu d’énormes phases de dépression pendant tout mon lycée. J’ai développé une addiction à l’alcool durant l’été 2018, j’ai passé un mois à l’étranger, cela a failli me faire foirer ma terminale. Et j’ai aussi fait une tentative de suicide trois mois après mon viol.


- Comment as-tu fait pour te reconstruire ? As-tu mis en place des rituels pour te sentir mieux ? As-tu eu un suivi psychologique ou médical ? As-tu réussi à surmonter tout cela tout seul ?


Je suis arrivé à surmonter tout ça en camouflant ça avec mes problèmes scolaires, sociaux, familiaux afin d’obtenir de mes parents de me payer un psy. Mais sinon c’était surtout grâce à des relations amoureuses qui m’ont redonné confiance dans l’humain en général (j’étais quelqu’un de très cynique). Et puis j’avais une sorte d’obsession avec le fait de me laver tout le temps, comme si j’étais sale/souillé en permanence.


- Quel rapport as-tu avec la sexualité ?


J’ai, pendant un moment, été terrifié par tout ce qui se rapprochait de ma sexualité. J’évitais le sujet très fréquemment. Je n’ai pas voulu entrer en contact avec du porno avant ma majorité. Cette combinaison de facteurs a fait que je ne connaissais rien de ma sexualité.

En revanche, j’ai beaucoup lu à ce propos car je voulais savoir comment identifier ce qui m’était arrivé. Cela m’a conduit à apprendre beaucoup sur l’anatomie sexuelle, et grâce à ça j’au aujourd’hui une sexualité beaucoup plus apaisée


- Rencontres-tu des difficultés dans tes relations avec les autres ?


Aujourd’hui je n’ai quasiment plus de difficultés dans mes relations mais c’était le cas pendant mon lycée.


- Comment se passe tes relations amoureuses (et sexuelles) aujourd'hui ? Cet événement a-t-il des répercussions aujourd'hui ?


J’ai eu beaucoup de mal à « refaire confiance sexuellement ». Mais je suis tombé sur quelqu’un de vraiment incroyable, qui a accepté de prendre le temps pour me décomplexer de tout ça, et aujourd’hui je n’ai plus de problèmes. En amour c’est à peu près la même chose


- Que dirais-tu aux garçons qui traversent la même situation ?


Ce que je dirais aux autres garçons à qui ça arrive, c’est qu’il ne faut absolument pas en avoir honte. Cela arrive beaucoup plus fréquemment que ce que l’on croit et il faut faire tomber ce tabou. Ce n’est EN AUCUN cas de leur faute. Le plus important c’est de prendre le temps de faire la paix avec soit même, puis commencer à en parler et à sensibiliser son entourage.




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